Publié le 30 juillet 2026

Rédigé dans le cadre du projet LIFE Adapt’Est

À partir du vendredi 19 juin 2026, les températures diurnes[1] ont dépassé 35 °C dans toute l’Eurométropole de Strasbourg et se sont maintenues au-dessus de ce seuil pendant dix jours. Ces épisodes de chaleur deviennent de plus en plus intenses, de plus en plus fréquents et de plus en plus longs, comme le prévoient, depuis plusieurs années, les scientifiques. Le dérèglement climatique, dû essentiellement aux activités humaines, transforme progressivement notre quotidien, et nos bâtiments doivent désormais faire face à un défi majeur : les périodes de surchauffe[2].

L’Eurométropole de Strasbourg a développé plusieurs actions pour faire face à l’augmentation des températures. Le Plan Canicule accompagne les publics les plus vulnérables grâce à différents dispositifs d’assistance et met à disposition une cartographie des lieux de fraîcheur et de prévention : parcs, points d’eau, fontaines, piscines, etc. La collectivité agit également à travers son Plan Canopée et son Plan Climat pour renforcer la présence de la nature en ville et limiter les effets des îlots de chaleur urbains.

En effet, la chaleur représente un risque pour la santé. Notre organisme cherche en permanence à maintenir une température interne proche de 37 °C. Lorsque la température extérieure augmente, le corps doit produire des efforts supplémentaires pour évacuer l’excès de chaleur en transpirant davantage et en dilatant ses vaisseaux sanguins. Malheureusement, si les températures restent élevées la nuit, le corps ne parvient plus à récupérer suffisamment. Cela peut avoir des conséquences importantes sur des périodes de plusieurs jours : déshydratation, hyperthermie[3], fatigue inhabituelle, maux de tête, crampes, nausées, etc. Les personnes âgées, les jeunes enfants, les personnes malades ou en situation de précarité sont particulièrement vulnérables. La chaleur provoque également des effets indirects souvent méconnus, comme l’augmentation de la production d’ozone et de particules polluantes dans l’air ambiant, aggravant les maladies respiratoires et cardiovasculaires. L’augmentation des températures accentue la fréquentation des lieux de baignade, ce qui entraîne une hausse du nombre de noyades.[4] Les fortes chaleurs ont aussi un effet sur la santé mentale. Les troubles du sommeil, le stress thermique et la fatigue accentuent l’anxiété, l’irritabilité ou certains troubles psychologiques. En 2025, ce sont plus de 5700 décès qui ont été attribués à une exposition de la population à la chaleur. [5]

Les observations scientifiques montrent que les générations les plus jeunes vivent déjà une réalité climatique très différente de celle de leurs parents ou grands-parents. Une personne née en 1960 a connu environ 163 jours très chauds durant son enfance[6] alors qu’une personne née en 2000 en a connu le double soit 326 jours. Cette évolution est de plus en plus marquée. Ainsi les personnes nées 6 ans plus tard, en 2006, ont connu 405 jours très chauds.[7]

Face à cette évolution, la climatisation s’avère indispensable dans certaines situations, notamment pour protéger les personnes vulnérables lors d’épisodes de canicule prolongés. Elle permet de garantir, à l’intérieur des bâtiments, des conditions de vie compatibles avec la santé et la sécurité de leurs occupants, mais son installation et son utilisation méritent d’être envisagées avec discernement. En effet, l’usage généralisée de la climatisation amènera à des consommations importantes d’électricité et le rejet de chaleur à l’extérieur des bâtiments aggravant la surchauffe urbaine. Les fuites, des fluides frigorigènes utilisés, dans l’atmosphère peuvent également contribuer significativement au réchauffement climatique[8].

 

Avant d’avoir recours à un système de climatisation, il est essentiel d’envisager la mise en œuvre de stratégies passives permettant de limiter les surchauffes des bâtiments et des espaces urbains.

Ces solutions peuvent être intégrées dans le cadre d’un projet de rénovation ou mises en œuvre au quotidien.

Les conseillers France Rénov’ de l’Agence du climat peuvent vous accompagner dans cette démarche. Que vous soyez au début de votre réflexion ou déjà engagé dans un projet de rénovation, nous vous apportons des conseils personnalisés pour identifier les solutions les plus adaptées à votre situation.

Pour être accompagné dans vos projets de rénovation et d’adaptation au changement climatique ou si vous avez des questions sur les sujets abordés dans cet article, vous pouvez contacter l’Espace Conseil France Rénov’ :

Vous pouvez également créer votre compte sur Loutre (https://ems.loutre-renovation.fr), l’outil pour la rénovation de votre logement proposé par l’Agence du climat sur l’Eurométropole de Strasbourg. Un conseiller ou une conseillère France Rénov’ de l’Agence du climat vous recontactera sous 3 jours ouvrés pour faire le point sur votre projet, répondre à vos premières questions, et si nécessaire programmer un rendez-vous conseil.

 

Parmi les sujets sur lesquels nous pouvons vous accompagner, voici sept leviers essentiels pour limiter les surchauffes et les besoins en rafraichissement :

  • Protections solaires

Il est important en premier lieu d’éviter les apports de chaleur extérieurs en empêchant l’ensoleillement direct des vitrages pendant l’été. Un mètre carré de vitrage exposé au soleil peut apporter autant de chaleur qu’un radiateur électrique de plusieurs centaines de watts.[9]

Les protections solaires extérieures, bien plus efficaces que des protections intérieures[10], sont donc essentielles sur toutes les parois vitrées, même les fenêtres de toit : volets, brise-soleil orientables, bardages bois fixes, pergolas, stores extérieurs, auvents, végétation d’ombrage, etc. Soyez attentifs au choix de la protection en fonction de votre orientation (est, sud, ouest) ainsi qu’à leur couleur, leur matériau (réflexion, absorption, conduction), leur ajourage, leur résistance (vent, pluie, intrusion, entretien, etc.). Choisissez une protection correspondant à votre usage (manuel, motorisation, automatisation, etc.) et aux réglementations (plan d’urbanisme, incendie…).

  • Circulation de l’air

Le ventilateur de plafond, aussi appelé brasseur d’air, constitue une solution simple et particulièrement efficace. En mettant l’air en mouvement, il réduit significativement la température ressentie même s’il ne refroidit pas réellement l’air. Le gain de confort peut atteindre 2 à 5 °C ressentis en moins.[11] Pour être optimal, le choix du modèle de brasseur doit être calculé en fonction de vos espaces.

Ainsi, lorsque l’utilisation du brasseur d’air est efficace, l’installation d’une climatisation n’est parfois plus nécessaire et son utilisation peut être réduite.

Le brasseur d’air permet également de limiter la présence des moustiques dans la pièce.

 

  • Réduction de la chaleur interne

Une partie importante de la chaleur provient directement de nos activités quotidiennes.

Plusieurs équipements contribuent à réchauffer le logement : cuisson, lave-linge, sèche-linge, lave-vaisselle, appareils électriques et électroniques, appareils numériques (ordinateurs, télévisions, box internet, chargeurs, portables), éclairages, eau chaude sanitaire. Pendant les périodes chaudes, il est préférable de limiter leurs usages et de les décaler tôt le matin ou tard le soir.

Le remplacement des anciennes ampoules par des LED et l’isolation des réseaux d’eau chaude ou ballon d’eau chaude permettent également de réduire les apports de chaleur.

  • Végétalisation les espaces extérieurs

Face à la chaleur, la nature reste l’une de nos meilleures alliées.

Les arbres procurent de l’ombre et limitent fortement le rayonnement solaire reçu par les bâtiments et les espaces publics, ce qui contribue directement à réduire les températures de surface et à améliorer le confort thermique. La plantation d’arbres à feuilles caduques est particulièrement intéressante : ils apportent de l’ombre en été tout en laissant entrer la lumière du soleil en hiver. En complément, l’évapotranspiration[12] contribue à rafraîchir l’air ambiant. Un arbre mature peut évaporer plusieurs centaines de litres d’eau par jour lorsque les conditions le permettent[13]. Cette capacité dépend notamment de la disponibilité en eau : en période de sécheresse, l’évapotranspiration des arbres est fortement réduite.

Il est essentiel de préserver les arbres existants, qui fournissent déjà des services importants en matière de rafraîchissement, d’ombrage et de biodiversité.

Remplacer une partie des surfaces minérales par des plantations, créer des massifs d’arbustes ou simplement laisser l’herbe pousser davantage durant l’été permet de limiter l’échauffement du sol et de créer un environnement plus frais autour du bâtiment.

Si vous avez un projet de végétalisation, vous pouvez nous contacter via : veget-habitat@agenceduclimat-strasbourg.eu

  • Ventilation nocturne

Lorsque la température extérieure devient inférieure à la température intérieure, l’ouverture des fenêtres permet d’évacuer la chaleur accumulée dans les murs et les meubles. Une ventilation nocturne efficace, c’est-à-dire une aération de son logement la nuit ou tôt le matin (entre 5h et 10h), peut permettre de réduire la température intérieure de plusieurs degrés.

La ventilation naturelle reste généralement plus performante que la seule ventilation mécanique pour rafraîchir un bâtiment.

Cependant, l’efficacité de la ventilation nocturne dépend fortement de la fraîcheur disponible et de la capacité à créer des courants d’air (dimensions et positions des fenêtres). Avec l’augmentation des nuits chaudes et des îlots de chaleur urbains, cette stratégie devient parfois moins efficace lors des épisodes caniculaires les plus sévères.

  • Isolation et inertie thermiques

Un bâtiment bien isolé protège autant du chaud que du froid.

Lors de travaux de rénovation, certains matériaux, , présentent de meilleures performances grâce à leur capacité à ralentir la pénétration de la chaleur. Ils sont à privilégier dans les parois (mur et toiture) à ossature bois.

L’inertie thermique des matériaux joue également un rôle important. Les matériaux denses comme la pierre, la brique, le béton, les plaques de plâtre ou la céramique absorbent une partie de la chaleur durant la journée et la relâche pendant la nuit, contribuant à lisser et stabiliser les variations des températures intérieures des bâtiments en été comme en hiver. Pour contrer les surchauffes intérieures, cette stratégie n’est efficace que si la chaleur accumulée peut être évacuée la nuit grâce à une bonne ventilation.

L’évolution des périodes de surchauffe, marquées par des températures nocturnes plus élevées, limite progressivement la capacité des bâtiments à évacuer la chaleur accumulée pendant la nuit. Lorsque les masses thermiques sont trop importantes ou que leur restitution vers l’extérieur est insuffisante, l’inertie seule peut devenir contreproductive : le bâtiment peut alors agir comme un véritable « piège à chaleur », en stockant l’énergie accumulée pendant les épisodes de forte chaleur et en la restituant encore plusieurs jours après la fin de la période de canicule.

  • Spatialisation des locaux

La répartition des pièces dans le bâtiment peut contribuer à limiter l’inconfort en période de forte chaleur. Il peut être utile d’identifier des zones refuges plus fraîches, notamment pour le sommeil : pièces moins exposées au soleil, situées au nord (ou à l’ouest permettant l’ouverture des fenêtres au matin) ou à des niveaux inférieurs lorsque cela est possible.

À plus long terme, certains espaces semi-enterrés ou en sous-sol pourraient être davantage valorisés comme lieux de repli lors des épisodes de chaleur, à condition qu’ils présentent de bonnes conditions de salubrité. Une attention particulière doit être portée aux risques d’humidité, de moisissures, de mauvaise ventilation ou d’inondation, notamment dans les secteurs exposés aux remontées de nappes phréatiques.

 

  • Climatisation

Certaines situations peuvent nécessiter le recours à la climatisation, notamment lors d’épisodes caniculaires prolongés ou dans des locaux accueillant des personnes ou du matériel vulnérables. Une climatisation efficace ou bien conçue s’avère indispensable

Son utilisation doit cependant rester raisonnée :

  • Cibler les pièces les plus occupées plutôt que de rafraîchir l’ensemble des locaux.
  • Choisir un équipement correctement dimensionné et adapté aux besoins réels
  • Privilégier les appareils performants et à haute efficacité énergétique
  • Anticiper son pilotage
  • Régler la température de consigne à 26 °C minimum
  • Entretenir régulièrement les installations
  • Lorsque cela est possible, la consommation électrique peut être partiellement compensée par une installation photovoltaïque.

Vous pouvez nous contacter si vous avez des questions sur un projet d’énergies renouvelables via : energies-renouvelables@agenceduclimat-strasbourg.eu ou à prendre rdv sur notre site internet : https://agenceduclimat-strasbourg.eu/rendez-vous/

 

D’autres solutions plus collectives ou moins énergivores peuvent également être envisagés, comme les réseaux de froid[14] ou les puits canadiens. Ces approches permettent de réduire les besoins en électricité et peuvent être associées à des planchers, murs ou plafonds rafraîchissants.

La climatisation ne doit toutefois pas remplacer les solutions présentées précédemment, qui restent les moyens les plus efficaces pour limiter durablement les besoins de rafraîchissement.

Les épisodes de chaleur extrême font désormais partie des défis auxquels nos bâtiments doivent s’adapter. Agir sur l’isolation, les protections solaires, la ventilation ou la végétalisation permet non seulement de faire face à la surchauffe, mais aussi de réduire les consommations énergétiques et de renforcer notre résilience face au changement climatique.

  

L’Agence du climat remercie Jean-Baptiste BOUVENOT, Martin BOWEN, Alain CLAPPIER, Emmanuel DUFRASNES, Tania LANDES, Thierry de LAROCHELAMBERT, Marie SEVENET, membres du conseil scientifique, pour l’expertise apportée en préparation de cet article.

 

 

Au quotidien, quelques gestes simples supplémentaires permettent de limiter les risques :
  • Boire régulièrement, même sans sensation de soif ;
  • Privilégier des vêtements légers et respirants ;
  • Protéger sa tête lors des expositions prolongées au soleil ;
  • Éviter les efforts physiques intenses aux heures les plus chaudes ;
  • Limiter la consommation d’alcool ;
  • Privilégier des repas légers
  • Prendre régulièrement des nouvelles des personnes fragiles de son entourage.

Lexique selon Météo France

La vague de chaleur

Elle désigne un épisode de températures nettement plus élevées que les normales pendant plusieurs jours.

Deux critères cumulatifs permettent de définir une vague de chaleur selon l’indicateur thermique national :

·        +25,3 °C pendant 1 jour

·        +23,4 °C pendant au moins 3 jours

L’indicateur thermique national

Il se définit comme la moyenne de mesures quotidiennes de température moyenne de l’air dans 30 stations météorologiques réparties de manière équilibrée sur le territoire métropolitain.

La canicule

Elle désigne un épisode de températures élevées, de jour comme de nuit, sur une période prolongée (au moins 3 jours). Les seuils de température et de durée varient selon les départements.  Sur notre territoire les seuils sont de 34°C le jour et 19°C la nuit pendant trois jours d’affilée,

La nuit chaude

Une nuit est dite chaude lorsque les températures ne descendent pas en dessous des 20 °C

L’ilot de chaleur

Il se manifeste par des températures plus élevées en milieu urbain que dans les zones rurales environnantes.

Sur la métropole, il est possible de mesurer 7,5°C degrés de différence entre Entzheim et place Kléber pendant les journées les plus chaudes. 

      

[1] Les températures nocturnes ne descendaient pas en dessous de 22 °C, voire 27 °C pendant deux nuits consécutives.

[2] Surchauffe estivale (+ pré et post) : période durant laquelle la température intérieure d’un bâtiment dépasse un niveau de confort acceptable (selon l’usage et la durée – souvent 26–28 °C).

[3] Les risques d’hyperthermie surviennent lorsque la température centrale du corps dépasse 38,5 °C, pouvant affecter gravement et irréversiblement le cerveau, mais aussi les organes comme les reins ou les intestins.

[4] Source : Santé Public France

[5] Source : Santé Public France

[6] Jours très chauds=température supérieure à 30°C ; enfance = 18 premières années de sa vie

[7] Source : Météo France – Données quotidiennes RR-T-Vent sur la période 1950 à 2024, station Strasbourg-Entzheim

[8] […] selon leur pouvoir de réchauffement global (PRG) par rapport au dioxyde de carbone et à la contamination de l’air et de l’eau aux PFAS.

[9] LAB by Promodul

[10] Dès qu’un rayon de soleil traverse un vitrage, il est trop tard et la chaleur est « prise au piège » dans le local.

[11] BRASSE

[12] Évapotranspiration = quantité totale d’eau qui s’évapore depuis les sols et la végétation.

[13] Plus Fraîche Ma Ville

[14] Ademe, Enquête des réseaux de chaleur et froid, Edition 2024