Publié le 8 juin 2026

Des chauves-souris protégées dans nos bâtiments

Nos bâtiments ne sont pas seulement des lieux de vie pour les humains. Ils constituent aussi, parfois sans que nous le sachions, des refuges pour de nombreuses espèces. Parmi elles, on trouve notamment les chauves-souris, dont toutes les espèces sont strictement protégées en France par la loi. Il est strictement interdit de les perturber ou de dégrader leurs habitats. Cela signifie qu’à partir du moment où elles s’installent dans un bâtiment, celui-ci devient un site de repos protégé.

Dans le bâti, l’espèce la plus souvent rencontrée est la Pipistrelle commune. On peut également croiser la Sérotine commune ou encore la Noctule commune, aujourd’hui en fort déclin.

La situation de ces espèces est préoccupante. Sur les vingt dernières années, les populations de Pipistrelles de Nathusius ont chuté d’environ 30 %, celles des Pipistrelles communes de plus de 20% et celles de Noctules communes de plus de 50 %[1]. Cette disparition progressive est liée à plusieurs facteurs dont la destruction des habitats et certaines activités humaines (pollution lumineuse nocturne, pesticides réduisant la ressource alimentaire, collision routière, développement de l’énergie éolienne …).

Pourtant, les chauves-souris jouent un rôle essentiel dans les écosystèmes, en tant que prédateurs insectivores. Par exemple, une Pipistrelle peut consommer jusqu’à 3 000 insectes par nuit, contribuant ainsi à réguler les populations de moustiques.

Si elles passent souvent inaperçues, c’est parce qu’elles n’ont pas besoin de beaucoup d’espace pour s’installer. Une Pipistrelle peut se glisser dans une fissure de seulement 1,5 centimètre. On les retrouve ainsi dans de nombreux recoins du bâti : sous les faîtières de toiture, les bacs acier, les couvertines d’acrotère, derrière les bardages, dans les cheminées, les lucarnes, les fentes, les fissures ou encore derrière des volets battants peu utilisés et dans les caissons des volets roulants. Les combles, greniers, caves ou vides sanitaires peuvent également servir de refuges. Contrairement à certaines idées reçues, ces animaux inoffensifs sont incapables de construire, ni d’aménager un « nid ». Les chauves-souris n’apportent pas de matériaux et ne modifient pas les structures du bâtiment.

Envie d’en savoir plus ? Consultez le guide technique « Rénovation du bâti et biodiversité » de la LPO !

Pour les repérer, quelques indices existent. Le plus visible est le guano, des petites crottes noires, très friables car composées des restes d’insectes dont les chauves-souris se nourrissent. On peut aussi observer des traces sombres et légèrement grasses autour des points d’entrée, laissées par le passage répété des chauves-souris.

Cavité avec forte probabilité de présence de chauves-souris (gras)

Espace entre fenêtre et mur pouvant représenter une voie d’entrée pour les chauves-souris

Tuiles manquantes et soulevées pouvant représenter une voie d’entrée pour les chauves-souris

Gérer son projet de rénovation pour en réduire les impacts

Les projets de rénovation représentent aujourd’hui l’un des principaux risques pour ces espèces. En rebouchant des fissures, en rénovant une toiture, en remplaçant des menuiseries ou en installant un échafaudage, on peut involontairement détruire des gîtes, enfermer des individus ou les exposer à des substances nocives comme certaines mousses ou poussières. Sans précaution, ces travaux peuvent entraîner la disparition de colonies entières.

Face à ces enjeux, il est essentiel d’anticiper. Les conseillers France Rénov’ de l’Agence du climat sont désormais formés pour répondre à vos questions et vous orienter. La première étape consiste à faire réaliser un diagnostic écologique :

  • Si vous êtes une commune, par un ou une écologue (bureau d’études).
    • Si vous êtes un particulier, par une association spécialisée. Vous pouvez vous tourner vers des structures spécialisées comme la Ligue pour la Protection des Oiseaux – Alsace (LPO Alsace) ou le Groupe d’Étude et de Protection des Mammifères d’Alsace (GEPMA), qui proposent un accompagnement gratuit et des conseils adaptés. La cellule « Faune et Bâti » (GEPMA et LPO Alsace) accueille vos questions (pôle de médiation et projet Interreg) !

Si la présence de chauves-souris est confirmée, une demande de dérogation devra être validée par la DREAL Grand Est. Une démarche en trois temps s’applique alors pour le projet : éviter en priorité les impacts, les réduire autant que possible et, en dernier recours, compenser les impacts des travaux sur les habitats des chauves-souris.

Pour limiter les perturbations, il est possible d’adapter la planification des travaux. Notamment, en évitant les périodes d’élevage des jeunes et d’hibernation ; durant lesquelles les chauves-souris sont très vulnérables.

En parallèle, afin d’atténuer la perte d’habitats utilisables, la mise en place de mesures d’accompagnement est essentielle. Par exemple, des gîtes artificiels peuvent être posés en façade ou directement intégrés dans l’isolation thermique par l’extérieur. Ces systèmes ne dégradent pas les performances de l’isolation. L’idéal est d’en prévoir plusieurs, sur différentes orientations, afin de leur offrir plusieurs options. Les chauves-souris exploiteront le « réseau de gîte » en fonction de leurs besoins.

Envie d’en savoir plus ? Consultez le Plan national d’actions en faveur des chiroptères (2016-2025) du Ministère de l’Environnement, de l’Énergie et de la Mer

Des chauves-souris dans le bâti, mais pas seulement !

Enfin, il est important de rappeler que les chauves-souris ne sont pas les seules espèces concernées. De nombreux oiseaux protégés, comme le martinet noir ou l’hirondelle de fenêtre, habitent eux aussi nos bâtiments. Pour les oiseaux, s’ajoute toutefois le risque de collision avec les surfaces vitrées : un travail sur les menuiseries (traitement des vitrages, motifs visibles) et sur l’aménagement végétal peut permettre de limiter ces impacts.

Au-delà du bâti, la prise en compte des espèces protégées concerne également les espaces extérieurs. Par exemple, il est possible de faciliter les déplacements du Hérisson d’Europe en maintenant des passages dans les clôtures ou les murets, afin de préserver la continuité de leurs habitats aux abords de votre parcelle.

Préserver la faune dans le bâti, c’est finalement apprendre à mieux partager nos espaces avec le vivant. C’est aussi une manière concrète de contribuer à la biodiversité, tout en bénéficiant des services rendus par ces espèces.

N’hésitez pas à contacter l’Espace Conseil France Rénov’ si vous avez des questions !

Article rédigé avec l’aide de Félix Antoine et Roméo Belardi, du Groupe d’Étude et de Protection des Mammifères d’Alsace (GEPMA)


[1] https://croemer3.wixsite.com/teamchiro/population-trends?lang=fr