Publié le 11 décembre 2025

Lola Ott, d’abord animée par l’idée d’intervenir sur la restauration des récifs coralliens en Méditerranée, a imaginé un projet associatif fondé sur trois piliers – sensibiliser, dépolluer, préserver.

Octop’us, née en 2019, développe des solutions low-tech et citoyennes, inspirées du vivant et du biomimétisme, pour restaurer les écosystèmes aquatiques tout en limitant l’intervention humaine. Le pôle « préserver » porte notamment la création de récifs artificiels.

La pandémie marque un tournant : l’explosion des déchets amène Lola à intensifier les actions de nettoyage, notamment sur le Rhin, avec les opérations Rheinigang. L’association élargit alors son champ d’action en organisant des opérations de dépollution à terre et au fil de l’eau et met un point d’honneur à porter des actions de sensibilisation qui soient ludiques et déculpabilisantes.

Le travail d’Octop’us est aujourd’hui reconnu et labellisé par différents programmes et institutions comme la commission européenne (Erasmus+, Pacte Vert) ou l’UNESCO (Ocean Literacy). L’association a récemment repris la coordination du Parlement de Rhin et envisage de cartographier les initiatives s’impliquant dans la défense des milieux aquatiques au sein d’une Agora. L’objectif ? Créer du lien entre la jeunesse, le monde associatif, les activistes et artistes, sans oublier les institutions et représentants politiques pour amener la voix de l’eau au centre des débats.

Crédit photo : Victor Janjic 

A l’occasion des 10 ans de l’Accord de Paris, l’Agence du climat a interviewé Lola Ott, ambassadrice du Pacte Climat de l’Union Européenne et fondatrice de l’association Octop’us.

Vous êtes la fondatrice de l’association Octop’us. Avant d’en parler, qu’est-ce qui a déclenché votre engagement pour les enjeux climatiques ?

Mes études de droit m’ont menée de Strasbourg à Aix-en-Provence, en passant par Lyon, puis en Grèce, où je travaillais dans les camps de réfugiés. Là-bas, j’ai pris conscience que nos modes de consommation (ex. transport d’eau potable en bouteilles, impossibles à recycler sur place) aggravaient les crises humanitaires. Un second électrochoc est venu en Martinique, en découvrant l’état des récifs coralliens. J’ai trouvé aberrant, en tant que Française, d’avoir si peu été sensibilisée à cet écosystème. J’ai alors décidé de quitter la voie juridique pour me consacrer à la biodiversité marine.

C’est ainsi qu’est née, en août 2019, l’association Octop’us, avec une idée simple : sensibiliser, dépolluer et préserver. Avec une approche low-tech, inspirée du vivant, en misant sur des solutions citoyennes et un minimum d’intervention humaine. L’objectif initial était la création de récifs artificiels pour la Méditerranée – la mer la plus polluée au monde.

En tant que jeune ambassadrice du Pacte européen pour le climat, que vous semble-t-il urgent de changer à l’échelle locale ?

Il faudrait rendre visible le lien Rhin–mer. À Strasbourg, tout commence par l’eau. Le Rhin raconte notre histoire. Je pense qu’il faudrait davantage communiquer sur cela, via des objets ludiques de sensibilisation dans les espaces proches de l’eau, pour permettre aux gens de se laisser émerveiller par ce qui nous entoure. Je pense notamment à un parcours de compréhension de la biodiversité, pour éduquer de façon créative et donner envie de préserver la biodiversité.

80 % des déchets présents dans l’océan proviennent des fleuves et rivières. Chaque jour, 10 tonnes de déchets rejoignent la mer du Nord via le Rhin. Mettre en valeur ce continuum, aménager les berges pour se rassembler, voire se baigner comme à Bâle, permettrait de recréer du lien avec le Rhin.

Quand vous discutez avec les jeunes du territoire, quelles préoccupations reviennent le plus ?

C’est très contrasté. Il y a ceux qui sont en pleine éco-anxiété, qui comprennent les enjeux. Et puis d’autres, influencés par les réseaux sociaux, la fast-fashion, la culture du “toujours plus”. La sensibilité dépend moins du milieu social que de l’éducation reçue.

Que disent les jeunes que les institutions n’entendent pas encore assez fort ?

Le poids de la contrainte financière. Beaucoup aimeraient réduire leur impact, mais l’avion reste moins cher que le train. Faire des efforts sur l’alimentation, la mobilité ou les loisirs devient difficile.
Et puis les jeunes qui habitent loin du centre n’ont pas de solutions simples : la voiture reste parfois la seule option. Il y a un décalage entre les discours institutionnels et la réalité quotidienne.

Comment créez-vous du lien entre les décisions européennes et la vie locale ?

Nous le faisons notamment grâce à la mobilité européenne. Sur les deux prochaines années, nous allons recruter 360 personnes pour partir en mobilité Erasmus+. Ils auront donc l’occasion de partir à l’étranger pour se former et cela 100% gratuitement. Ces jeunes deviennent des ambassadeurs de l’association : ils sont formés aux enjeux, briefés sur les projets européen et font du “reporting” en nous transmettant les apprentissages reçus une fois de retour de mobilité. Cela rend l’Europe tangible.

Les jeunes se sentent-ils légitimes pour s’exprimer sur la transition environnementale ?

Souvent non. Pour pendre un exemple concret, je mentionnerais notre implication auprès des écoles pour former les éco-délégués. La majorité d’entre eux ne savent pas ce qu’implique ce rôle et candidatent davantage pour la forme que pour le fond. C’est dommage, car il y’a beaucoup de potentiel chez les jeunes. Nous essayons de rendre l’engagement attractif et désirable, mais cela nécessite des moyens, donc dépenses, qui sont rarement prioritaires dans le domaine de l’éducation, notamment avec les récentes coupes budgétaires. Pour se positionner, il faut une éducation, des espaces de débat. Ce ne sont pas des compétences suffisamment enseignées aujourd’hui.

Qu’est-ce qui vous donne de l’espoir ?

Le festival Fluctuations – le premier festival fluvial itinérant – dont la première édition (franco-allemande) s’est tenue à Strasbourg les 22-24 août 2025 au Phare Citadelle. Nous faisons désormais partie de son équipe de production. D’avril à août prochain, nous allons initier la création d’un consortium franco-allemand pour réaliser des chantiers de scénographie afin d’équiper le bateau que nous souhaitons acquérir en mars 2026. Les jeunes et les étudiant.e.s seront consultés en amont et nous sommes heureux de pouvoir compter sur le soutien d’écoles comme l’EFAP ou l’école Brassart grâce à l’implication de Mylène Thil, directrice de campus. Le fait que le festival ait été sold out aussi rapidement nous confirme qu’il y a encore de l’espoir et surtout : la transition peut être.

Qu’est-ce que la génération 2030 retiendra du moment que nous vivons ?

Je me projette rarement, car les orientations actuelles ne sont pas encourageantes. Mais j’espère que la génération 2030 verra l’émergence de solutions réellement respectueuses du vivant et l’avènement de la convergence des luttes : sociales et climatiques.

On connaît mieux la surface de la Lune que la profondeur des océans. Alors que l’océan nous offre une respiration sur deux grâce notamment aux récifs coralliens qui risquent de disparaître complètement d’ici 10 ans si l’on maintient notre trajectoire actuelle. 

Si vous deviez résumer dix ans d’Accord de Paris en une phrase ?

Beaucoup de gens ne savent toujours pas ce qu’implique l’Accord de Paris, ni le Pacte vert européen. Il y a un grand enjeu de vulgarisation de ces sujets. Pour le grand public, ce sont souvent des concepts abstraits, même si l’objectif des 1,5° est largement connu. Le problème, c’est que dix ans plus tard, il est déjà dépassé — et l’Accord de Paris se retrouve en grande partie vidé de son sens initial. 

Quel endroit de l’Eurométropole représente pour vous un futur souhaitable ?

Le parc de Pourtalès. C’est l’endroit parfait pour se relier à la nature, tout en restant proche de la ville.

 

Propos recueillis par Anne Kielbassa, chargée de communication de l’Agence du climat