Publié le 4 mars 2026

De la prise de contact au passage à l’acte

Imaginé et construit dès 2021 par l’Agence du climat, le conseil en mobilité décarbonée est pleinement opérationnel depuis janvier 2022, date à laquelle l’Eurométropole de Strasbourg a lancé ses deux dispositifs d’aides financières en lien avec la Zone à Faibles Émissions-mobilité :

  • l’aide à la conversion (pour remplacer un véhicule polluant par un véhicule moins polluant) ;
  • et le compte mobilité (pour se séparer d’un véhicule au profit des solutions alternatives).

Rendez-vous gratuit à destination des particuliers et des entreprises, le conseil en mobilité est conçu pour découvrir l’offre en mobilité du territoire, repenser ses déplacements et se renseigner sur les dispositifs d’aides existants.

Entre 2022 et 2025, ce sont près de 20 000 personnes distinctes qui ont contacté l’Agence du climat au sujet de la mobilité. Près de la moitié d’entre elles ont connu l’Agence grâce au bouche-à-oreille (43%), premier motif de connaissance du conseil en mobilité décarbonée devant le relais effectué par les garages et magasins de cycles (23%), et le site internet de l’Eurométropole (17%). En quatre ans, ce sont ainsi plus de 12 000 conseils en mobilité qui ont été délivrés aux ménages et 335 aux entreprises du territoire.

Les trois premières années ont été marquées par une montée progressive des sollicitations, avec un pic atteint en 2024. Cette évolution suit de près le calendrier de la Zone à Faibles Émissions (ZFE) – la zone au sein de laquelle les véhicules les plus polluants sont progressivement amenés à se retirer de la circulation : les vignettes Crit’Air 5 et non classées ont été les premières concernées en 2023, suivies des Crit’Air 4 en 2024. Ces restrictions ont conduit de nombreux ménages à se tourner vers l’Agence du climat pour se renseigner sur les alternatives existantes et les aides financières disponibles.

La suppression de nombreuses aides nationales a conduit à une baisse des sollicitations, qui a été mise à profit par l’équipe pour renforcer l’accompagnement :  

  • identification détaillée des freins à l’usage de certains modes,  
  • mise à disposition d’un guide précis permettant de tester un trajet via un ou plusieurs modes alternatifs à la voiture individuelle,  
  • refonte des éléments de sensibilisation…  

Les missions annexes se sont également renforcées : montée en puissance de l’accompagnement sur l’aire d’attraction de l’Eurométropole de Strasbourg, renforcement de l’accompagnement des professionnels et salariés, et de l’« aller-vers » les publics fragiles.  

La composition de l’équipe a évolué avec les besoins, passant pour l’activité de conseil de 7 équivalents temps plein en 2024, à 4 en 2025.  

Sur 2025, chaque conseillère et conseiller a accompagné 500 personnes au travers de recommandations individualisées.

Qui sont les bénéficiaires ?

Les localisations résidentielles des bénéficiaires sont restées stables sur ces quatre années : la majorité résident à Strasbourg (57%), 28% en première couronne et 14% en deuxième couronne. Plus de 1 000 personnes habitant hors du territoire eurométropolitain ont également pris contact avec l’Agence (principalement depuis le reste de l’Alsace) et plus de 300 d’entre elles ont bénéficié d’un accompagnement poussé. Les bénéficiaires ont majoritairement entre 26 et 45 ans, mais toutes les générations sont représentées.

Sur l’ensemble de la période, l’Agence a particulièrement accompagné les ménages les plus modestes : 43% des personnes accompagnées avaient, au moment de leur rendez-vous un revenu fiscal de référence par part inférieur ou égal à 7 500€ par an, ce qui correspond depuis 2025 au seuil des foyers les plus précaires pour l’accès aux aides.

Plus de 3000 personnes résident dans l’un des 21 quartiers identifiés comme QPV (Quartiers Prioritaires de la Ville – période 2024-2030), soit 30% de nos bénéficiaires. Ils sont donc davantage représentés que le reste de la population eurométropolitaine, puisqu’en 2022, l’INSEE recensait un peu plus de 89 900 habitants dans ces quartiers pour près 511 500 habitants dans l’Eurométropole, soit 18% d’habitants en quartiers prioritaires.

Des voitures vieillissantes et souvent diesel

Les véhicules des personnes accompagnées sont majoritairement des Crit’Air 3, c’est-à-dire des diesels immatriculés entre 2001 et 2010 ou des essences immatriculées entre 1997 et 2005.

L’ancienneté moyenne des véhicules au moment du rendez-vous est de 17 ans. Les véhicules non classés et Crit’Air 5 (les plus anciens, avec une moyenne d’âge de 26 ans au moment du rendez-vous), sont de moins en moins représentés au fil des années, même si certains propriétaires de ces véhicules, pourtant déjà soumis à une restriction de circulation, continuent de contacter l’Agence pour les céder ou les remplacer.

À l’inverse, les propriétaires de véhicules Crit’Air 2, pas encore concernés par les restrictions, ont été plus nombreux à solliciter un conseil en mobilité en 2025, parfois pour un véhicule très récent. Sur l’ensemble de ces quatre années, le parc de véhicules des bénéficiaires se répartit ainsi : 51% de véhicules Crit’Air 3, 37% de véhicules déjà soumis à une restriction de circulation et 9% de Crit’Air 2.

Au total, 79% de ces véhicules roulent au diesel, soit plus de 9000 voitures.

Vers quel dispositif s’orienter ?

Le rendez-vous de conseil en mobilité est obligatoire pour déposer un dossier d’aide à la conversion ou de compte mobilité auprès de l’Eurométropole. Si certains bénéficiaires arrivent avec une idée précise de ce qu’ils souhaitent faire, d’autres sont encore indécis au moment du rendez-vous. Sur les années 2022 à 2024, la très grande majorité (94%) souhaitait solliciter une demande d’aide à la conversion, contre seulement 2% pour un compte mobilité (le dispositif destiné aux personnes qui souhaitent abandonner leur voiture au profit d’autres modes de déplacement).

En 2025, cette tendance a commencé à évoluer : les intentions de demandes de comptes mobilités ont nettement progressé, de 6% en moyenne au premier semestre, à près de 9% sur la seconde moitié de l’année. 

Que font concrètement les personnes accompagnées une fois le conseil en mobilité passé ?

Après plusieurs milliers de conseils délivrés, une question s’imposait naturellement : que font concrètement les personnes accompagnées une fois le conseil en mobilité passé ? Pour y répondre, l’Agence du climat a lancé en 2025 une enquête envoyée aux bénéficiaires environ un an après la date de leur rendez-vous. Les résultats donnent de précieuses indications, même si des biais existent, les personnes qui répondent à ce type d’enquête ne représentent pas forcément l’ensemble des bénéficiaires (les plus à l’aise avec les e-mails y répondent davantage par exemple).

Parmi les 451 répondants, la très grande majorité (93%) avait sollicité l’Agence pour obtenir une estimation des aides à la conversion disponibles et connaitre les démarches à effectuer.

Au moment de leur réponse à cette enquête, 87% ont déposé un dossier d’aide auprès de l’Eurométropole de Strasbourg : 82% pour une demande d’aide à la conversion (368 individus), 5% pour un compte mobilité (24 individus). Les 13% restants (59 individus) n’avaient pas encore fait de demande, mais parmi eux, plus de la moitié envisageaient de déposer un dossier d’aide à la conversion. Ceux qui ne comptaient pas déposer de dossier d’aide ont principalement évoqué des raisons financières tels que le coût trop élevé d’un nouveau véhicule ou l’impossibilité d’avancer les frais, mais d’autres raisons ont également été mises en avant comme l’ajustement du calendrier des restrictions et des projets d’évolutions nationales concernant les Zones à Faibles Émissions mobilité (ZFE-m).

Vers quel nouveau véhicule ?

Parmi les 368 personnes ayant déposé une aide à la conversion, les nouveaux véhicules achetés sont en grande majorité des véhicules Crit’Air 1 (76%, dont une majorité d’hybride), 20% sont Crit’Air E. Le véhicule de remplacement a en moyenne cinq ans d’ancienneté, contre dix-neuf pour le véhicule cédé au moment du rendez-vous.

Quelles sont les principales raisons du changement ? Les bénéficiaires d’une aide à la conversion peuvent avoir plusieurs déclencheurs pour changer de véhicule : pour 61% des bénéficiaires, leur ancien véhicule était interdit dans la ZFE. Pour 42%, les aides financières disponibles ont constitué un élément déclencheur. Les préoccupations environnementales arrivent en troisième position.

Et depuis ce changement, plus d’une personne sur 5 (22%) déclarent parcourir moins de kilomètres qu’avant son rendez-vous, certaines parce qu’elles ont acheté un vélo entre-temps, d’autres parce qu’elles utilisent davantage les transports en commun, le covoiturage ou tout simplement la marche à pied. 

Pourquoi ont-ils choisi le compte mobilité ?

Plusieurs raisons ont poussé les bénéficiaires à opter pour un compte mobilité : pour 50%  d’entre eux leur véhicule leur coutait trop cher à l’usage, pour 50% il était interdit de circuler dans la ZFE et 46% se sont séparés de leur ancien véhicule pour des raisons environnementales.

Un accompagnement continu

55 % des répondants ont indiqué avoir été aidés pour monter leur dossier, principalement par un conseiller de l’Agence du climat (66 %), un proche (22 %) ou un conseiller numérique de l’Eurométropole (20 %). Cette aide peut prendre des formes très diverses : une réponse à une question par téléphone, un suivi à distance ou un accompagnement en présentiel pour remplir les formulaires en ligne.

Ce soutien a visiblement compté, puisque 61% des répondants estiment qu’ils n’auraient pas réussi à effectuer les démarches sans l’accompagnement de l’Agence. Il faut noter que les démarches administratives étaient particulièrement complexes jusqu’en fin 2024, car plusieurs aides pouvaient se cumuler : celle de l’Eurométropole, celles de l’Etat (prime à la conversion voiture et vélo, bonus écologique voiture et vélo, surprime ZFE) et celles de la Région Grand Est (aide à l’achat d’un vélo à assistance électrique ou vélo cargo), avec des conditions et des délais de dépôt différents pour chacune. La fin des aides nationales, en décembre 2024 (fin des primes à la conversion et de la surprime ZFE) et en février 2025 (fin du bonus vélo), a depuis simplifié le parcours, mais les bénéficiaires d’un conseil restent nombreux à recontacter leur conseiller après le rendez-vous.

Des habitudes de mobilité qui évoluent

Au-delà du changement de véhicule, le conseil en mobilité a eu un impact plus large sur les habitudes de déplacement. Parmi les 393 personnes ayant répondu à cette section, 79 % indiquent avoir mieux compris les démarches d’aide grâce au rendez-vous, 37% d’en avoir appris davantage sur la ZFE ou encore 33% de découvrir les solutions alternatives à la voiture individuelle. Mais l’impact va parfois plus loin : 156 personnes déclarent prendre davantage les transports en commun depuis leur conseil, 125 marchent plus souvent, 111 utilisent davantage le vélo et 47 ont acheté un nouveau vélo (à assistance électrique, musculaire ou cargo).

Une satisfaction globale élevée

97% des répondants se déclarent satisfaits ou très satisfaits de leur accompagnement par l’Agence, que ce soit pour la qualité de l’accueil, les informations reçues ou la facilité à joindre un interlocuteur. Les commentaires libres laissés par 83 personnes reflètent cette satisfaction, tout en pointant des axes d’amélioration, notamment sur les délais de rendez-vous.

Les dossiers réellement déposés

Si l’enquête donne un aperçu du parcours des bénéficiaires, les données issues des dossiers effectivement déposés auprès de l’Eurométropole de Strasbourg constituent la source d’information la plus concrète.

Depuis le début de la mise en place des dispositifs d’aide, en janvier 2022, et jusqu’au 31 décembre 2025, 6819 aides à la conversion et 373 comptes mobilité ont été accordés. NB, les données d’octobre 2022 ne sont pas disponibles.

Depuis le printemps 2025, la part du compte mobilité dans les aides accordées monte en puissance : il représente désormais plus de 11% des aides accordées entre mars et décembre 2025, atteignant ponctuellement 17%, un niveau qui n’avait pas été atteint depuis plus de deux ans, contre seulement 3,6% en 2024.

Le profil des véhicules pour lesquels une aide est demandées est comparable à celui des bénéficiaires de conseils en mobilité : une majorité de Crit’Air 3, et une part encore significative de véhicules anciens concernés par les restrictions de circulation (Crit’Air 4, 5 et non classé), qui représentent encore plus d’un tiers des demandes d’aide à la conversion en 2025.

Enfin, depuis la mise en place des dispositifs d’aides, 70% des anciens véhicules ont été mis à la casse. Depuis 2025, la tendance s’inverse légèrement : les bénéficiaires sont proportionnellement plus nombreux à revendre leur ancien véhicule plutôt qu’à le détruire. Cela s’explique en partie par la fin de la prime à la conversion de l’État, dont l’une des conditions était la destruction du véhicule, mais aussi parce que les véhicules cédés aujourd’hui sont souvent moins anciens et plus facilement revendables.

Quatre ans d’accompagnement, le bilan

En quatre ans, le conseil en mobilité a accompagné plus de 12 000 ménages dans une période de transformation profonde de leurs habitudes de déplacement. Les données recueillies, qu’il s’agisse des profils des bénéficiaires, des véhicules remplacés, des comportements qui évoluent ou des aides effectivement obtenues, montrent que cet accompagnement joue un rôle concret dans la transition vers des mobilités plus durables, en particulier pour les ménages les plus modestes.